Troisième volet de notre plongée dans les eaux troubles de la désinformation, active ou passive, sur le net. Qu'elle soit volontairement diffusée en toute connaissance de cause ou naïvement acceptée, la rumeur s'est affirmée comme un véritable poison, en concurrence directe avec l'actualité sérieuse. Il arrive même que des grands noms de la presse relaient ce genre d'info, pas véritablement vérifiée. L'actu de ce mois de juillet n'ayant pas connu de répit, un petit point s'impose.
La Coupe du Monde de football fraîchement terminée, chacun a pu constater que le monde demeurait dans un état d'agitation élevé en plusieurs points : Proche-Orient, Ukraine et Centrafrique ont, hélas !, continué à alimenter l'actualité tandis que la succession de catastrophes aériennes à répétition, le contexte économique difficile et autres réjouissances ont contribué, avec les éternels faits divers, à faire parler sur le web social. Neuves ou usées jusqu'à la corde, les rumeurs y ont trouvé de quoi prospérer et se diffuser tranquillement. De la blague de potache à la diffamation crédible, la fausse information s'est parée de toutes les subtilités pour faire mouche.
A noter, dans "l'actu des rumeurs", l'apparition de ce petit outil très drôle pour réaliser de faux articles, ainsi que cette émission d'RTL consacrée au phénomène.
Celle-là est historique et facilement datable, un peu avant juin 2012... Depuis, les adversaires - de plus en plus présents - de l'actuel président n'ont eu de cesse de l'affirmer : "Hollande a nié la crise". Contexte oblige, elle revient en force ! La rumeur est pourtant facile à démentir, il suffit pour cela de lire son programme. On peut critiquer son attitude, son bilan, constater l'écart entre les paroles et les actes... mais déclarer qu'il a nié la crise est faux.
Extrait du projet-programme de la campagne 2012, dans les premières lignes :
"Pour donner un avenir à leur pays et à leurs enfants, nos compatriotes veulent le changement. Seulement, vers qui se tourner ? La droite sert les intérêts d’une minorité privilégiée tandis que le plus grand nombre doit éponger la facture de la crise : en payant plus de taxes et d’impôts, en renonçant à des services publics, en perdant en salaire ou en pension, le plus souvent en subissant les trois à la fois. Comme ailleurs en Europe, l’extrême droite se nourrit de l’échec des libéraux. Elle désigne des boucs émissaires et prospère sur les peurs."
Tout est là. On peut contester la vision, mais pas l'existence du constat.
Celle-là est en partie vraie... Mais seulement en partie, et c'est bien là que réside la supercherie. Certes, Jérôme Cahuzac a bien continué à percevoir ses indemnités de ministre après son départ ; certes, l'ensemble de la classe politique a largement critiqué cette attitude, y compris dans son propre camp... Mais ceux qui continuent à utiliser le présent pour conjuguer "toucher ses indemnités" font l'impasse sur un détail... de taille. Cette indemnité s'arrête au bout de six mois. Difficile de l'ignorer, la plupart des articles de l'époque mentionnent cette durée. En somme, l'information est correcte, à ce détail près qu'elle est périmée depuis octobre 2013.
Comment ? Najat Vallaud-Belkacem aurait honte de ses origines... Françaises ? C'est à n'y rien comprendre, d'autant plus qu'elle dispose de la double nationalité. En somme, elle serait tellement anti-française qu'elle renierait son nom français, inscrit sur sa carte d'identité... A moins que ce ne soit une ruse pour s'attirer l'électorat musulman. Bref, on ne sait pas ce que c'est, mais c'est moche. Tout ceci est écrit là et revient régulièrement dans les commentaires en ligne.
Entre-temps, des espaces spécialisés comme les Debunkers ou Hoaxbuster ont désamorcé cette bombe un peu trop artisanale pour fonctionner correctement mais, comme toute technologie mal maîtrisée, des résidus nous sautent encore de temps en temps au visage.
Celle-là, on ne s'en la... Ah ben si, on s'en lasse en fait. TOUS LES JOURS, des commentaires relaient cette info dès que la justice est évoquée dans un article. Autant vous dire que les occasions ne manquent pas. Pourtant, nous avions déjà évoqué cette rumeur imbécile qui, non contente de persister, s'enrichit chaque jour de nouveaux éléments. Son fils est désormais en prison, mais pour meurtre et, qui plus est, dans une prison en Alsace. D'aucuns disent même que la Garde des Sceaux ferait l'aller-retour Paris-Alsace plusieurs fois par semaine "hélicoptère" (tout cela est bien précis, non ?) pour aller parler à son fils. A ce niveau-là, la rumeur s'élève au rang d'art... Voici, par exemple, un commentaire lu, tel quel, sur un site de presse :
Cette femme veut une France métissée Mais les français en veulent il, il serait normal qu'une votation à la Suisse pose la question aux français. Autre chose quand on ne se plait pas quelque part on retourne chez soi, en tout cas c'est ce que je ferais. À lire cet article on pourrait presque pleurer, néanmoins pas un mot sur son passé en Guyane et du terrorisme dont elle se faisait la complice. Un oubli de l'auteur? Pas un mot sur son fils en prison pour meurtre et de ses visites en Alsace ,ou il est détenu , avec l'hélicoptère de la république, donc à nos frais. Cette femme n'est pas le petit ange décrit par l'auteur.
- Première théorie : l'Algérie serait impliquée dans le crash de l'avion d'Air Algérie
Celle-ci est apparue soudainement, répondant très certainement à une demande de la réacosphère, toujours prête à dénigrer le Maghreb, l'Islam, le Gouvernement français, l'Afrique ou un peu tout cela à la fois. L'argument massue ? "On n'entend pas l'Algérie à propos de ce crash, c'est louche". Tiens donc, il suffit pourtant de chercher un tout petit peu pour tomber sur des articles évoquant l'affaire outre-Méditerranée.
On trouve aussi, d'ailleurs, exactement la rumeur inverse, qui donne la France coupable. Beaucoup de mots, peu de syntaxe, pas de preuves malgré la tentative de juxtaposer des faits et des jugements de valeur. Du "sérieux", en somme.
- Deuxième théorie : 33 militaires français étaient dans l'avion qui s'est écrasé
C'est dans ce genre de cas que l'on atteint le coeur du problème. Insidieuse, cette rumeur fondée sur du vent (une rumeur, quoi) a été relayée à la hâte, sans les vérifications d'usage, par une poignée de titres de presse "sérieux" au conditionnel trop léger. Dans le sens contraire, Slate a publié un démenti solide, construit et salvateur (L'Opinion en a d'ailleurs fait de même un peu plus tôt), rappelant qu'aucun titre de presse français, et c'est heureux, n'était tombé dans ce piège. En revanche, l'International Business Times ou le Times of Israel ont sauté dedans à pieds joints. Le lecteur, lui, se retrouve noyé sous l'information et récupère forcément au passage quelques-unes de ces rumeurs.
Plus que jamais, veillez à bien vérifier ce qui s'écrit sur le net 😉
Le service de veille sur des pages Facebook - qui vous appartiennent ou non - vient d'annoncer qu'il tirerait sa révérence le 11 juillet. En veille comme en gestion de communautés, nombreux sont les utilisateurs qui regretteront le système. Et maintenant ?
Simple et pratique, Hyper Alerts permettait au départ de lancer une veille sur une ou plusieurs pages Facebook et de recevoir une alerte par mail, programmable selon vos besoins. Adoré par les uns, délaissé par les autres, le service a bénéficié jusqu'à la fin, ce 11 juillet, d'une certaine cote de sympathie auprès de ses utilisateurs réguliers qui lui trouvaient de fortes qualités, à commencer par sa simplicité.
Oui mais voilà, toutes choses étant impermanentes en ce bas-monde, Hyper Alerts a préparé ses utilisateurs à sa fin. La raison, limpide, a été donnée sur Facebook et, dans une version un peu différente, par mail :
La moindre des choses que vous êtes en droit d'attendre d'un bon service, c'est la stabilité. Malheureusement, la « stabilité » n’est pas quelque chose que vous pouvez tenir pour acquis lorsque vous travaillez avec Facebook.
Il est vrai que Facebook connaît souvent des ratés qu'une communication erratique n'arrange pas. L'équipe d'Hyper Alerts précise toutefois que l'origine de l'arrêt du service tient surtout dans la manque de ressources nécessaires au bon développement du système, accrues par cette instabilité du réseau social. Bref, un grand service prend fin.
CM et veilleurs se tournent alors vers l'après-HA ? Qui va remplacer Hyper Alerts ?![]()
Qui va permettre de surveiller des pages sans en être administrateur et de tout recevoir à date voulue, à fréquence voulue ? Qui va faire gagner ce temps précieux ?
On ne va pas se mentir, Hyper Alerts laisse derrière lui un grand vide que, nous l'espérons, la décision de passer l'API en open source![]()
permettra de combler rapidement. En attendant, il faut se replier sur autre chose. Nutshellmail ? Pour vos propres pages oui, mais pas pour les pages tierces. Hootsuite ? Idem, pour les pages qu'on administre soi-même, pourquoi pas... Pour surveiller le reste, ce n'est pas encore ça.
Diphur ? Même s'il n'est pas exactement fait pour cela au départ, il doit être possible de le configurer assez finement pour suivre les changements sur une page Facebook. RebelMouse ? En bidouillant un peu, vous pouvez suivre une page Facebook en insérant le fil RSS correspondant. ASTUCE :
Prenez l'ID d'une page - la suite de nombre à côté de "fbid=" dans l'URL et collez-le à la place des étoiles ci-après : http://www.facebook.com/feeds/page.php?format=rss20&id=***********).
Le hic, c'est que sauf erreur de ma part, on ne peut pas suivre l'évolution des commentaires... Dommage.
Pour l'instant, le web social reste orphelin d'un super outil qui ne méritait pas une telle fin... Espérons que sa renaissance grâce à l'open source apporte au système la gloire et le développement qu'il mérite !
En route nom de Zeus ! Le moment est venu pour nous de vous proposer une analyse made in Atchik des tendances fortes de la rentrée prochaine en matière de social media marketing. Il est vrai qu’entre les différentes évolutions des plateformes chez les grands acteurs du web, les préoccupations des entreprises toujours plus tournées vers le ROI et la volonté des consommateurs de jouir d’un internet véritablement collaboratif, ces dernières années furent riches en enseignements. Essayons ensemble de nous projeter dans l’internet de demain.
Deux fortes tendances ressortent de nos observations. Elles concernent notamment le marketing client et les usages des internautes. Décryptage.
Les entreprises développent toutes des compétences bicéphales visant à utiliser les réseaux sociaux d’une part comme un canal marketing et d’autre part comme une plateforme de service client. Jusqu’ici rien de nouveau sous le soleil. Cependant, une récente étude réalisée par l’EBG sur l’efficacité des mesures de performance du marketing digital montre que les entreprises y consacrent moins de 20% de leur budget marketing. La raison ? 47 % d’entre elles estiment insatisfaisantes les mesures effectuées sur leur performance en termes d’action digitale. La compréhension des interactions entre canaux (notamment pour les réseaux sociaux) reste un objectif très difficile à atteindre, que ce soit pour une agence prestataire ou l’annonceur. Cette dimension cross canal, couplée à l’incapacité des directions marketing à comprendre les conséquences des actions digitales sur le off-line, plonge notre petit monde dans un scepticisme bien légitime.
Comment permettre aux entreprises de mieux connaître leurs clients ? De mieux mesurer leurs performances en termes de marketing digital ? Le « Big Data », cette approche technologique nouvelle visant à traiter et analyser de grandes quantités de données, au-delà des méthodes traditionnelles type « bases de données », pourrait bien être l’outil clé d’une prochaine étape dans la gestion de la relation client. Il est clair que l’information est aujourd’hui le nouvel or noir des entreprises : il s’agit dorénavant de connaitre ses clients, ses partenaires, ses marchés et son environnement. Une meilleure maîtrise des données (concernant notamment la porosité entre le on-line et le off-line) répondra indéniablement aux futurs défis digitaux des directions marketing.
Une illustration parfaite de l’application du big data est celle inhérente aux objets connectés. On peut prendre pour exemple la solution Connected Home de chez Worldline (filiale d’Atos en partenariat avec Somfy), qui consiste en un robot vous aidant à domicile à faire des économies d’énergie, mesurer votre pression sanguine, vos performances sportives, surveiller votre bébé… Des données qui ne manqueront assurément pas d’intéresser certains annonceurs. Le côté positif est que vous ferez sûrement des économies d’énergie ; le côté négatif est que si votre pression sanguine est élevée et que votre assurance accède à cette donnée, cela augmentera surement le tarif de votre contrat. Cela peut laisser rêveur ou songeur, au choix.
Les médias sociaux ont complètement modifié notre rapport à l’information et nos habitudes de consommation. La collaboration entre internautes est devenue la pierre angulaire d’un système qui ressemble de plus en plus aux prémices de ce que l’on pourrait nommer : l’intelligence collective.

La société se transforme à travers les médias sociaux. L’internet devient créateur de lien social au quotidien. De nombreuses plateformes permettent aujourd’hui d’échanger des biens et services (BlaBlaCar, Troctribu), de recycler (eco-systemes), de lever des fonds pour une cause humanitaire (Kiva), autant de solutions démontrant que les socionautes sont enclins à donner du sens à leurs usages. Alors qu’il y a quelques années la promesse d’un web social basé sur le partage et la collaboration pouvait passer pour de la communication incantatoire, désormais il faut reconnaitre que les médias sociaux remplissent parfaitement leur rôle d’incubateur d’une société mue par de véritables aspirations sociales et environnementales. Certes la dimension immatérielle et collaborative de certains services permet avant tout aux socionautes de faire des économies, mais l’impact de leurs actions reste une préoccupation centrale dans leur prise de décision.
Certains verront dans nos projections l’avènement de Big Brother, c’est un risque non négligeable et nous devrons rester très vigilants face à l’hégémonie de certaines grandes multinationales du web (Google est notre ami non ?). Le big data est un moyen de mieux connaitre ses clients mais la tendance qui consiste à proposer des services toujours plus basés sur des recommandations à l’attention des internautes invalide toute attitude réflexive sur un comportement d’achat. Par exemple, je ne veux pas que Facebook ou Google me propose une pièce de théâtre qui devrait me plaire au vu de mes intérêts. Je veux pouvoir m’inscrire dans une démarche proactive. Je veux m’informer, comparer, choisir avec mon libre arbitre. C’est ça la liberté non ?
Quoiqu’il en soit, à Atchik nous préférons voir l’internet de demain comme une opportunité pour l’internaute d’améliorer son expérience utilisateur, son rapport à l’information, son rapport aux autres. Mais également une opportunité pour les entreprises de se développer, faire des économies et se rapprocher de leurs clients. Ces nouveaux usages, appuyés par des outils tels que les objets connectés, les médias sociaux et la collaboration en temps réel redessineront totalement nos habitudes de consommation et nos institutions, faisant d’internet un véritable vecteur de transformation sociétale.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, il sentent bon le pixel chaud : fidèles à leur réputation, les GIF du mois promettent de vous redonner le sourire, de vous émouvoir, de vous étonner, de redoubler de créativité et de vous offrir, ce mois-ci encore, une vision animée et décalée de l'actu juste avant les grandes vacances. C'est parti !
L'image ci-dessus parle d'elle-même. Oui, des Giphoscope Awards, sorte de Césars du GIF, se sont tenus sur Tumblr et oui, le talent était au rendez vous dans plusieurs catégories dont celle de la meilleure illustration, remportée par Cindy Suen. Cocorico, nous tenons un champion toutes catégories, vainqueur du concours entier... Et ce n'est pas vraiment un inconnu puisque nous en avons déjà parlé le mois dernier : Micaël Reynaud s'affirme comme une véritable star mondiale du #GIF!
Du talent, il y en avait dans ces GIF Awards... Mais pas seulement là. En fait, le web en regorge. Connaissez-vous Lacey Micalley par exemple ? Son style très 8-bit illustre à merveille quelques coins fréquentés du web...
D'autres impressionnent par leur fluidité, à l'image des créations de Nicolas Menard comme cette affiche illustrant une conférence au Royal College of Art de Londres - Excusez du peu - ; le GIF a bel et bien gagné ses lettres de noblesse !
Certains ne se contentent même plus d'un GIF : leur truc, c'est d'en mélanger deux pour obtenir un résultat... Enfin bref, un résultat (suggestion de recette non approuvée par la rédaction).
Cette année, nous avons même eu droit au relief dans les GIF avec l'ajout de deux bandes pour un effet saisissant... Mais connaissiez-vous cette version pour lunettes 3D ? Niveau perspective, c'est encore un cran au-dessus...
En clair : le GIF, fort de sa simplicité initiale, n'en finit pas de se renouveler. Artistique, expressif, drôle, flexible, il s'adapte à toutes les situations, de l'illustration d'articles à l'expression d'un sentiment ou d'une ironie. On se répète un peu au fil des revues de GIF mais nos images, justement, non ; et c'est bien ça qui nous fascine, non ? )
Allez, Coupe du Monde oblige, revenons à notre bonne vieille tradition du sport en fin de revue avec un peu de ballon rond. Il y avait tellement d'options... Que nous en avons choisi deux ! Bonne coupe du Monde à vous et, d'ici la prochaine revue de GIF, prenez soin de vous 🙂

(par MyRegularFace)
Lorsqu'il s'agit d'évoquer l'intérêt de la modération sur les pages Facebook et de leur monétisation, certains acteurs du web avancent à la fois son caractère "indispensable" et sa "faible valeur ajoutée". Un peu bancal, non ? Peut-être, justement, parce que ces termes génériques ne correspondent pas à la réalité de ce terrain. Admettons que vous disposiez d'objets de grande valeur : peut-on dire que le coffre-fort qui les abrite est à "faible valeur ajoutée" ? Il s'agirait bien plus d'un moyen de conservation, d'une forme de "valeur non soustraite". dans notre cas, c'est identique : le travail du CM d’une page Facebook va conserver toute sa valeur grâce à la modération. Explications.
Il y a quelques temps, une étude répondait à une question mythique : combien vaut un fan Facebook ? 174,17 dollars, tel était le résultat de ce calcul qui donne une moyenne et, donc, ne correspond finalement à aucune réalité. Dans le cas d'une page mal entretenue, ce fan ne vaut même plus grand-chose. Et tous les modérateurs le savent, les utilisateurs qui "aiment" votre page ne sont pas tous pour autant des fans. Sinon, nul besoin de modération, CQFD. Bref, la valeur moyenne d'un "fan" est avant tout inhérente à l'environnement d'une page, qui repose tant sur le travail de réponse du gestionnaire de communauté que sur celui de cadrage du modérateur.
L'ambiance, en effet, dépend de la présentation : si tout est en désordre, le nouveau-venu comprendra que la règle en vigueur est ce même désordre. Si l'ambiance est bon enfant, il y a de bonnes chances que celle-ci se communique aux derniers fans arrivés. Et la modération, qui permet de ne pas laisser les messages à caractère illicites ou hors-charte, joue ce rôle essentiel de régulation. Mieux : elle facilite le travail des Community Managers en assurant une veille permanente. Lorsqu'un fan formule une demande, une critique ou une suggestion, le modérateur est à même d'en informer le CM qui pourra répondre plus vite et plus efficacement. Dans certains cas, le modérateur peut même répondre aux questions les plus élémentaires, facilitant ainsi le travail de fond des gestionnaires de communautés.
Même si le CM est un être exceptionnel (bises à tous), il a tout de même besoin de se reposer. Comme tout le monde. Et lorsque vient le week-end, il est agréable de savoir qu'une équipe de modération assure la veille sur la page et envoie un retour d'activité en fin de journée avec l'ensemble des éléments utiles. En cas d'urgence, un coup de téléphone permet d'alerter au plus vite pour ne rien laisser passer... Toutefois, en temps normal, le CM peut profiter de deux vraies nuits de sommeil... ou de fête intensive, selon les tempéraments. En clair, bénéficier d'un vrai week-end.
Allez, disons-le plus clairement : sans un minimum de modération, une grosse page Facebook court à sa perte. Après un an d'efforts pour se refaire une image, parfois dans la douleur, Findus n'a manifestement pas pris conscience de l'impact des commentaires sur une page Facebook... Et forcément, l'ensemble donne au mieux de quoi rire, au pire une véritable impression de négligé :

Note : le post était encore visible en l'état dans la matinée du 25 juin.
Ne croyez pas que l'activité bienfaisante d'une organisation met sa page à l'abri d'une bourrasque de commentaires. Une exposition médiatique délicate, et votre page Facebook peut voler en éclats. Celle d'Action Contre la Faim, alors que Valérie Trierweiler accomplissait sa dernière action de "première dame", en a fait l'expérience :

En revanche, certains CM, bien conscients des enjeux de la modération, trouvent le temps de faire des miracles dans leur relation à la communauté. C'est le cas des bien-connus CM Facebook de Bouygues ou de la SNCF. D'autres, comme chez Audi France, pourraient réellement faire des merveilles en faisant un peu le ménage sur leur page, ne serait-ce qu'au niveau des spams. Quoi qu'il en soit, pour terminer sur une métaphore jardinière, un community management a besoin d'un terrain riche, aéré et bien entretenu pour donner des fruits. Et ce jardinage-là, sur un terrain exigeant et vivant comme Facebook, c'est la modération.
La France, on le sait, est un grand pays de débats : au café, à la fac, dans les réunions de famille, en entreprise ou sur le net, les conversations polémiques font partie de la vie de tous les jours. Dans d'autres pays, si cette propension à évoquer la politique ou la place de la religion en public se fait plus discrète, on n'hésite tout de même pas à alimenter les conversations avec cet amour immodéré du football qui confère aux supporters les plus fervents un pouvoir particulier, où le bon mot de soutien devient un dribble et l'injure un tacle par derrière. Or, en France, on aime à la fois le football et les débats ; forcément, cela se ressent dans les commentaires en ligne... Mais s'il est des mots que l'on ne peut tolérer sur des sujets sérieux comme la politique, comment adapter la modération des commentaires au contexte de la Coupe du Monde ?

La ferveur autour du football, d'abord, n'est pas anecdotique ; le ballon rond a beau être présent tout au long de l'année à travers diverses compétitions, de la Ligue des Champions à la coupe Gambardella en passant par le championnat de France de Ligue 1, cette période de Mondial concentre particulièrement les passions. Et si, sur la modération des sites de presse, le flux de messages a augmenté avec les articles en rapport avec le football, ce volume a littéralement quintuplé en un mois sur nos espaces dédiés au foot comme certaines pages Facebook.
Bien évidemment, les commentaires à chaud et l'envie de partager les moments-clés des rencontres avec une communauté de supporters représentent une part importante des réactions à modérer. Et entre les parties les sempiternelles analyses et autres discussions visant à refaire le match disputent la vedette aux chroniques de la vie des équipes et aux incontournables pronostics. Voici pour le côté quantitatif. Mais entre provocation et passion, entre coup de gueule et coup de sang, que peut-on laisser qualitativement publier en tenant compte du contexte ?
Entre succession de jeux de mots, métaphores filées et formules inventives, le verbe fleurit plutôt bien en cette saison en tribunes comme devant le poste. "On va les déchirer", "J'espere que vous aller Dégomer Le Honduras Se soirt " ou "Ptin dribble de ouf le batar" (sic, sic et re-sic) font partie des réactions plus ou moins à chaud qui nous arrivent régulièrement en cette période d'apogée footballistique. Violence ? Dans le contexte, pas vraiment : le vocabulaire du supporter a toujours intégré le champ lexical de la guerre et une outrance propre à refléter la passion.
A noter que, lorsque les modérateurs sont tenus de qualifier un message (positif, négatif, neutre), la grossièreté et l'injure ne sont pas incompatibles avec le caractère positif de la réaction. Une vidéo d'un joueur à l'entraînement peut ainsi recevoir des "ouah l'batard" ou des "l'enfoiré" qui seront des signes d'admiration dans la plupart des cas et seront donc indiqués comme positifs. Il va de soi que ces codes ne sauraient s'appliquer en-dehors du contexte sportif. Quant aux messages de soutien visant à étriller, étriper, dégommer, défoncer ou anéantir l'adversaire, il faut évidemment partir du principe qu'il s'agit de métaphores... Mais jusqu'où peut-on aller dans le champ lexical de l'humiliation ou de la destruction ?
L'enthousiasme oui ; l'outrance pourquoi pas ? ; les menaces, la diffamation et les insultes gratuites, non. Alors que l'on comprendra le second degré de "Griezmann devant ? Deschamps a bien caché son jeu l'enfoiré", on ne tolèrera pas "Et cet enfoiré d'Evra joue toujours" ou "Mais quelle merde ce gars". A vocabulaire similaire, on doit pouvoir distinguer le coup de sang de l'injure : c'est précisément le travail du modérateur qui, comme l'illustre ce cas d'école, dispose de la formation et de la sensibilité requises pour séparer le bon grain de l'ivraie. Une nouvelle preuve, s'il en est, que des outils efficaces sont indispensables au bon travail des opérateurs mais que les modérateurs ne pourraient en aucun cas être exclusivement remplacés par des filtres et des machines. A mots égaux, la portée de deux commentaires dépend tant du contexte que du registre d'expression.